Un homme a trouvé la mort dans les affrontements qui opposaient la police aux manifestants, mercredi à Mamoudzou. Les circonstances de son décès restent incertaines. Des barrages sont toujours dressés un peu partout sur Mayotte que les manifestants menacent à présent d’incendier.
Le ton monte à Mayotte après le décès d’un homme de 39 ans, mercredi à Mamoudzou. Le manifestant, touché par un tir de flashball, aurait ensuite été la cible de gaz lacrymogène une fois à terre, selon des témoignages sur place rapportés par Mayotte 1ère. Evacué dans le coma par les pompiers vers l’hôpital de Mamoudzou, il est décédé peu après. "Les secours intervenus lui ont prodigué un long massage cardiaque avant de le transporter à l’hôpital. Les soins qui lui ont été dispensés ont été vains", explique le préfet Thomas Degos. Ali El Anziz était originaire de M’tsapéré. Le préfet a ajouté que, selon les médecins, la victime ne présentait aucun impact de flashball ou de grenade lacrymogène. Il aurait succombé à une crise cardiaque. Certains témoins affirment cependant que c’est un tir de flashball qui lui a été fatal. Une autopsie sera pratiquée jeudi pour connaître les causes réelles de son décès. Un autre manifestant a été touché au ventre par un tir de flashball, mais ses jours ne sont pas en danger. Il a quitté l’hôpital.
L’annonce du décès d’Ali El Anziz a échauffé les esprits des personnes rassemblées place de la République depuis le matin, mais aussi de celles qui avaient dressé des barrages sur les routes un peu partout sur l’île. Les heurts ont débuté alors que les forces de l’ordre tentaient de dégager une route. Elles ont été la cible de jets de pierre avant de répliquer à coup de tirs de flashball et de gaz lacrymogènes. Selon le préfet Thomas Degos, une dizaine de fonctionnaires de la Police aux frontières (PAF) était affectée à la sécurisation du secteur. "Pour se dégager, ils ont fait usage de grenades lacrymogènes et de flashball", a-t-il indiqué.
Les représentants réunionnais Elie Hoarau, secrétaire général du PCR, Gilles Leperlier, président de l’AJFER (Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion), et Jean-Hugues Ratenon, président de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté, ont confirmé la tension ambiante. Ils tenaient à proximité des incidents une réunion sur la crise contre la vie chère. "Nous étions en train de tenir notre conférence de presse lorsque nous avons entendu du bruit et des cris. Des gaz lacrymogènes ont immédiatement envahi le bar où se tenait notre rencontre avec la presse", a expliqué Hoarau au site IPRéunion.
Une marche vers Kaweni
Le président du conseil général de Mayotte, Daniel Zaïdani, s’est rendu, en fin de matinée, sur place pour tenter de calmer la foule. Dans un discours tenu devant les manifestants sur la place de la République, il avait indiqué qu’en cas de décès de la première victime, il demanderait le départ du préfet Thomas Degos.
Après un léger retour au calme en début d’après-midi, la colère a repris le dessus.Plusieurs centaines de manifestants ont indiqué vouloir faire fermer les grandes surfaces de Kaweni et se sont mis en route pour la zone industrielle. Selon Mayotte Hebdo, en tête du cortège, on trouvait notamment Zaïdani et plusieurs autres élus, notamment des vice-présidents du conseil général. A Kaweni, la situation s’est quelque peu envenimée avec des jets de pierres contre les policiers. Ces derniers n’ont pas riposté à la demande du président du conseil général, rapportent des témoins. Daniel Zaïdani aurait demandé à des gendarmes mobiles de fermer les magasins de Sodifram où de nombreux Mahorais s’étaient rués dans la matinée pour remplir leur caddie dans une cohue générale, chacun craignant une pénurie rapide. Tous les magasins de la zone industrielle ont été finalement fermés par les forces de l’ordre.
Plusieurs barrages sont toujours en place dans l’île en signe de protestation contre l’accord signé entre FO, le Medef et la grande distribution pour mettre fin à la crise qui touche Mayotte depuis trois semaines. Les 11 produits dont la population demande une baisse significative du prix, seulement neuf ont été validés. Des magasins et supermarchés avaient pu rouvrir sous surveillance policière mardi, mais sans que la situation revienne réellement au calme.
Un magasin Sodifram, situé dans le sud de Mayotte, a été saccagé après la fermeture du lieu et le départ des forces de l’ordre. Les manifestants menacent désormais d’incendier des magasins.
LA REACTION DE MARIE-LUCE PENCHARD
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