Actualités - Distribution

Publié le 15/12/2011 | 15:20

Cohue dans les magasins avant la grève

Par Ivan ERHEL

La queue devant un supermarché en octobre dernier - © lesemmayotte.overblog.com La population se presse pour acheter les produits de première nécessité en prévision de la grève intersyndicale annoncée pour le 19 décembre.

Avant même l’ouverture des magasins, c’était la bousculade devant les supermarchés mahorais. Au Sodicash de Kawéni, il y avait une queue de plus de 100 mètres devant l’entrée en attendant l’heure de la "ruée vers l’or blanc", comme on appelle ici l’empressement autour des sacs de riz. Anticipant sur la pénurie générée par la grève intersyndicale prévue lundi, les habitants sont venus en masse vers la capitale Mamoudzou pour s’approvisionner en produits de première nécessité : riz, viande et ailes de poulets. A midi, la route nationale menant vers le Sud était bloquée, et deux femmes avaient été transportées à l’hôpital après avoir perdu connaissance dans la foule.

Renouveler les stocks

Excédée par cette situation, Fatima, la cinquantaine, dénonce l’attitude de la grande distribution : "Ils se vengent des pillages qu’ils ont subis lors de la dernière grève". Les bruits circulent vite, et les déceptions sont nombreuses, à l’image de d’Abdou Salam, 30 ans : "On nous annonce 100 tonnes de riz, mais le magasin est vide. Où est caché le riz ?". Vincent Lietar, secrétaire général de la Sodifram, le principal distributeur de Mayotte se défend de toute spéculation : "Nous respectons scrupuleusement les modalités de l’accord qui court jusqu’au 31 décembre. A vrai dire, notre marge est négative sur le riz thaï, et juste sur le riz dit "de luxe"." Selon lui, le marché a, certes, été déstabilisé par les quarante-quatre jours de grève, mais il jure faire tout son possible pour renouveler les stocks, notamment en important de Maurice et de la Réunion, qui ne sont pas ses fournisseurs habituels.

Consommer local

Mais malgré les efforts de la grande distribution pour regagner la confiance des Mahorais, la méfiance reste de mise, tant la vie-chère a mis la population sous pression. Dans un département où une famille moyenne consomme une vingtaine de kilos de riz par mois, l’approvisionnement des supermarchés revêt un caractère politique et alimente les plus folles rumeurs. Finalement, certains pensent comme Saindou, un sage de 55 ans qui estime qu’"il faudrait fermer les magasins et retourner aux champs pour consommer local".

Propos recueillis sur place par Daniel Abdou

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