Actualités - POLITIQUE

Publié le 13/12/2011 | 14:10

EXCLUSIF. Le préfet de Mayotte s’explique

Par Philippe TRIAY

Le préfet de Mayotte, Thomas Degos © DR De passage à Paris, le préfet de Mayotte Thomas Degos fait le point sur la situation socio-économique de l’île, les revendications de l’Intersyndicale et le protocole Robin pour La 1ere.fr.

Vous étiez hier à Bruxelles où vous avez rencontré Johannes Hahn, le commissaire européen chargé de la Politique régionale. Quelle a été la nature de votre entretien ?
Thomas DEGOS : Dans le processus suivant la demande par la France, le 26 octobre, de la reconnaissance de Mayotte comme région ultrapériphérique, l’idée était de rencontrer le commissaire pour échanger avec lui sur l’actualité de Mayotte, sur la situation socio-économique, sur les perspectives de développements, et sur ce que l’Union européenne peut apporter à ce département.
La demande a été transmise à la Commission européenne vendredi 9 décembre. Il y a un Conseil européen début mars 2012, et un autre en juin, lors desquels le Conseil statuera sur Mayotte après avoir étudié l’avis de la Commission. Le calendrier est serré et ce sera vraisemblablement en juin. Mais nous sommes sur les rails et la procédure avance à un bon rythme. Le commissaire européen a confirmé ce calendrier et nous sommes même rentrés dans le sujet des programmes opérationnels.

Avez-vous évoqué la situation sociale actuelle à Mayotte lors de cet échange ?
Thomas DEGOS : Pas en tant que telle avec le Commissaire mais elle a été évoquée en marge de la réunion avec les membres de la Direction générale de la Politique régionale. Cependant chacun considère qu’une des réponses aux problématiques de la vie chère et du développement de Mayotte réside dans le fait que Mayotte devienne une région ultrapériphérique. Les habitants de Mayotte ont des problèmes de revenus et de pouvoir d’achat, et pour les résoudre il faut relancer l’économie, relancer la production locale et l’emploi. La « rupéisation » est une perspective, entre 2014 et 2020, qui permettra vraiment de placer Mayotte sur les rails du développement économique durable.

Cela c’est l’horizon 2014, mais dans l’immédiat que dites-vous à l’Intersyndicale qui a déposé un préavis de grève pour le 19 décembre ?
Thomas DEGOS : Dans l’immédiat, pour terminer sur la question européenne, le Parlement européen a voté une assistance technique de 2 millions d’euros sur deux ans à Mayotte afin de pouvoir réaliser les diagnostics socio-économiques, la formation des personnels, et de pouvoir réfléchir à notre mode d’organisation et au contenu des programmes opérationnels. Tout cela pour être au rendez-vous de la rupéisation. Cette enveloppe sera disponible dès janvier 2012.
En ce qui concerne l’Intersyndicale, je les ai reçus le 6 décembre, et je vais revoir à titre informel les secrétaires généraux des syndicats concernés qui se trouvent actuellement à Paris, pour échanger avec eux. Leurs questions tournent notamment autour de la date de fin des baisses de prix. Ce qu’a rappelé le cabinet de la ministre, le 2 décembre, c’est que cette négociation est à mener avec les distributeurs, et que l’Etat n’a pas forcément vocation à intervenir, même si il veut bien jouer les médiateurs.
Nous avons aujourd’hui sur la table un projet de protocole élaboré par Denis Robin, l’ancien préfet de Mayotte. Ce projet comprend de nouvelles baisses de prix, avec un délai plus long, et un engagement sur l’expertise, ce que demande l’Intersyndicale. Cela pourrait bénéficier aux associations de consommateurs avec des emplois aidés qui leur permettrait de réaliser leurs vraies missions au sein de l’Observatoire des prix, avec en plus la possibilité de participer à des ateliers thématiques qui sont d’ailleurs déjà en cours depuis le 17 octobre.

L’une des principales demandes de l’Intersyndicale c’est l’amendement du protocole Robin…
Thomas DEGOS : Oui mais pour amender le protocole il faut bien sûr le signer. Il y a des séquences. La première séquence c’est se donner du temps avec la signature du protocole Robin, et la possibilité d’étendre les baisses de prix jusqu’en mars. Concernant la deuxième séquence, à partir de ce moment-là, il faudra faire un amendement sur l’expertise, puisque la ministre l’a accepté, et si il y a lieu, au gré des négociations, il est tout à fait envisageable d’intégrer une nouvelle échéance si les distributeurs sont d’accord. Tout en sachant que ce n’est pas l’Etat qui doit conduire ces négociations, qui se font entre représentants de consommateurs et la grande distribution.

Justement, la plupart des responsables syndicaux disent que la grande distribution ne joue pas le jeu à Mayotte.
Thomas DEGOS : Au niveau de l’Etat, notre responsabilité est de contrôler les prix. J’ai donc demandé aux services de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de mettre en place les procédures, les outils et les moyens pour contrôler l’évolution des prix et des marges, ce que l’on appelle « la valse des étiquettes », pour avoir une vision très claire de ce qui se fait. Nous avons un protocole d’accord qui précise que les prix doivent réglés conventionnellement, et là il faut que nous soyons très vigilants. Nous avons un rôle à jouer, et nous le faisons.

Toutefois je dois dire que certains problèmes ont été provoqués par le mouvement lui-même. Après quarante cinq jours de grève, le port de Longoni ayant été bloqué, nous avons des problèmes d’approvisionnement. Il faut attendre de nouvelles rotations pour pouvoir reconstituer les stocks, et cela ne se fait pas en une seule rotation. Cela explique qu’il y ait des produits pour lesquels des prix avaient été négociés, mais qu’on trouve beaucoup moins facilement, voire plus du tout. C’est la raison pour laquelle il faut, à mon sens, signer le protocole d’accord Denis Robin pour pouvoir se donner le temps jusqu’en mars de garantir les baisses de prix, et éventuellement de revenir sur des amendements, l’expertise, le délai etc.
Concernant l’Etat, nous avons considéré que mars était la bonne date puisque ensuite il y avait la mise en place des minimas sociaux, notamment du RSA. Sur ce point précis, hier en commission consultative du travail, on a annoncé à Mayotte que le SMIG mahorais allait augmenter de 4,1 % au premier janvier 2012, et ça c’est bon pour le pouvoir d’achat et une réponse à la vie chère. Par ailleurs, la ministre de l’Outre-mer a confirmé également hier à Paris que le SMIG net mensuel mahorais allait être aligné sur trois ans sur le SMIG net mensuel métropolitain. Le phénomène de rattrapage est donc maintenant nettement perceptible. C’est une annonce majeure. Autre annonce majeure qui a été faite en octobre, l’alignement sur trois ans de l’allocation de rentrée scolaire sur la métropole. C’est aussi un effort sans précédent pour le pouvoir d’achat.

Propos recueillis par Philippe Triay

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