La compagnie théâtrale O Mcezo s’apprête à rendre un hommage artistique, dimanche 26 juillet, à l’Arène d’Oasis de Moroni, aux 152 disparus de l’ A310 de Yeménia et aux milliers de victimes comoriennes de la traversée entre Anjouan et Mayotte.
Soeuf Elbadawi © Saindou Kamal’Eddine
Soeuf Elbadawi fait son retour sur scène
Décidément l’artiste Soeuf Elbadawi est incorrigible. Après son « Gungu », performance artistique inspirée de la tradition, réalisée le 13 mars dernier dans les rues de Moroni aux Comores pour dénoncer la départementalisation de Mayotte par la France, le trublion et électron-libre de la scène théâtrale comorienne est de retour avec sa compagnie théâtrale O Mcezo pour rendre hommage, samedi 26 juillet prochain, aux cent cinquante-deux victimes du crash de l’Airbus A 310 de Yeménia qui s’est abîmé dans la nuit du 29 au 30 juin au large de l’île de Ngazidja dans l’archipel des Comores. L’Arène d’Oasis, dans la capitale Moroni, sera le lieu de scène de cet hommage. L’écrivain, metteur en scène et journaliste (ex-Radio France Internationale) Soeuf Elbadawi s’est entouré pour l’occasion d’un grand nombre d’artistes militants et de structures associatives. Le Journal de La Réunion du 24 juillet, rapporte qu’« il y aura Samson et Niyati Swafa, aux côtés de l’ensemble Ali Amani project, Scout Ngome de Ntsudjini, le plasticien Seda, les jeunes Watwania de Magudju et Washko Ink. » Outre les artistes confirmés, il se confirme de plus que la jeunesse comorienne entend désormais peser sur les grandes questions de politique nationale. Il n’y a qu’à observer la présence des mouvements scouts ou de conscientisation comme Watwaniya pour comprendre que la rue entend reprendre ses prérogatives. En France, une partie de cette jeunesse s’est distinguée, par des opérations de type coups de poing, en bloquant aussi bien à Paris qu’à Marseille les départs de la compagnie Yeménia. Certains hiérarques de l’actuel gouvernement comorien ont été malmenés alors qu’ils disaient être venus apporter condoléances et assurances à la diaspora. Cela n’a pas empêché qu’un ministre de l’Economie soit enlevé par ces jeunes avant d’être libéré par la police française.
Hommage aux disparus comoriens
La rencontre du dimanche 26 juillet n’a rien de polémique. Au contraire, elle se veut moment de communion de la nation comorienne pour ses chers disparus, à la fois ceux du crash de l’A310 de Yeménia comme les milliers d’anonymes bravant le bras de mer entre l’île comorienne d’Anjouan et Mayotte. Plusieurs centaines de personnes perdent la vie chaque année en voulant rejoindre clandestinement, en kwasa-kwasa (frêle embarcation à moteur regroupant entre 20 à 40 personnes), cette île comorienne, considérée par la France comme son 101e département. Cette zone est appelée par les médias comme le plus grand cimetière marin du Sud-ouest de l’océan Indien. Il est question de plus de 7 000 morts depuis l’instauration du visa Balladur, un visa empêchant depuis 1994/1995 l’entrée sans conditions des ressortissants de l’Union des Comores dans l’ex-collectivité départementale française. « L’hommage qui va donc être rendu à ces disparus n’est qu’une juste contribution de la part des artistes en mémoire de ceux qui sont ainsi partis. Nous avons beau être artistes, nous sommes aussi des citoyens. Et il est essentiel que l’on assume notre part de réel dans ce monde où nos rêves d’espérance s’éteignent chaque jour un peu plus à cause d’accidents aussi bêtes que ceux des kwasa ou du vol A 310 de Yeménia », explique l’auteur de l’essai Moroni Blues. Il s’agit ici pour ces artistes et jeunes militants de rendre un hommage national à ces disparus à leur manière.
L’artiste Soeuf Elbadawi © Saindou Kamal’Eddine
La compagnie O Mcezo a de nouveaux partenaires
Le directeur artistique de la compagnie O Mcezo vient tout juste de trouver un endroit pour que ses comédiens puissent s’exprimer. La compagnie était sans domicile fixe depuis le mois de juin. Suite à l’happening de mars dernier, consistant à interpeller les Comoriens sur ce que l’artiste estime être le « viol de l’intégrité territoriale des Comores », le comité d’administration de l’Alliance franco-comorienne de Moroni avait pris la décision de ne pas prêter sa salle de spectacle à la compagnie O Mcezo pour finir la création de « La Fanfare des fous », un spectacle sur la dépossession citoyenne. L’aide des associations locales telle que le Scout Ngome dans la région de l’Itsandra (région à l’Ouest de la Grande Comore), a permis, rapporte le site Clicanoo, à la compagnie de « se remettre au travail cette semaine, à Moroni et à Ntsudjini. L’artiste se félicite également d’avoir pu signer une convention de partenariat avec la Fondation hollandaise Prince-Claus. Soeuf Elbadawi ne se prive pas de tacler ses détracteurs en déclarant jouer « pour des collectivités dans le pays pour lesquelles le mot "solidarité" signifie encore quelque chose. Nous essayons de tisser des liens forts avec les sociétés qui nous accueillent. Nous défendons surtout l’idée d’un théâtre mis au service du citoyen. Des idées qui ont séduit la Fondation Prince-Claus. Elle soutient ainsi notre prochaine tournée dans les villages et les villes de l’Archipel, avec le souci, entre autres, de populariser un théâtre en rapport direct avec nos réalités. Car le propre de l’artiste est d’interroger le citoyen dans ses limites. Ce principe est à la base même de notre jeu sur un plateau. ».
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